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Armand Robin: Les poèmes indésirables
(1945)

SAUVONS-NOUS DU RÈGNE DES SOTS

 

Dans la haine il n'y a que haine,

Puis de la haine

Et encore de la haine.

 

Dans le mépris il n'y a que mépris

Puis du mépris

Et encore et toujours du mépris.

 

Dans la vengeance il n'y a que vengeance

Puis de la vengeance

Et, toujours, interminablement, de la vengeance.

 

Vous n'en bâillez pas quelquefois d'ennui ?

 

Dans la vengeance, le mépris et la haine

Il n'y a que mort,

Puis de la mort et encore et toujours de la mort,

Interminablement une plus morne mort

ET VOTRE MORT À VOUS D'ABORD.

 

Vos haines sont contre vous toutes les haines,

Vos mépris sont contre vous tous les mépris,

Vos vengeances sont contre vous toutes les vengeances.

 

Vous ne percevez pas que vous êtes très sots ?

 

On vient de vous placer dans un désert,

On va vous placer dans un désert plus désert,

Puis dans un désert définitivement désert.

On vous dit :

« Demandez pour votre voisin le désert ! »

On vous le dit

Pour qu'on puisse faire de vous le désert.

 

Vous êtes tous cadavres depuis quelques ans,

Cadavres très contents,

Cadavres réclamant

Davantage de haine, de mépris, de vengeance

Pour devenir davantage cadavres.

 

Vous pouvez ressusciter d'entre ces morts ;

Ce n'est pas difficile

Et c'est moins ennuyeux.
  

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