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Armand Robin: Les poèmes indésirables
(1945)

LES POÉTEREAUX BOURGEOIS SONT RECONNAISSANTS

Il n’y a plus de pensée, il n’y a que des clairons ;

Il n’y a plus de poète, il n’y a que des Aragons.

 

Bientôt plus même d'Aragon, mais des sous-Aragons,

Des Aragons définitivement aragons ;

 

Tout poète prolétarien, les communistes le tueront ;

Tout génie antifasciste, les communistes l'abattront.

 Fragment d'un chant populaire.

 

Nous n'avons plus à redouter que surgisse un poète vrai :

Les tyrans de maintenant ont tout moyen pour l'empêcher.

 

Les âmes qui aimaient ont été chassées,

Les esprits restés en vie ont été dégoûtés.

 

Tout génie est tué sans un cri, élégamment ;

Qui désigne l'assassin, on l'assassine sur le champ.

 

Un Rimbaud, çà se fusille comme un n'importe qui ;  

Quand il tombe non asservi, tout poète rit : « Bien fait pour lui ! »

 

La police sur la Pensée, tout poète la justifie ;

La prison pour toute Idée, tout poète la magnifie ;

 

Un sort plus dur pour tous les pauvres, tout poète le glorifie ;

La haine reine en tout pays, tout poète la déifie ;

 

S'il faut des griefs contre un coeur pur, les poètes vite en trouvent ;

S'il faut prouver qu'un juste a tort, les poètes le prouvent ;

 

Si quelque âme reste beauté, tout poète hurle : « C'est très suspect ! »

Se hâte chez les policiers : « Vite au secours ! il y a danger ! »

 

Nous sommes désormais calmes, comblés, contents ;

Nous n'avons plus à redouter qu'un poète soit grand.

  

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