LES POETEREAUX BOURGEOIS
LES PREMIERS POÈTES
Au lieu de leur linge-sale-à-laver-en-famille
Les politiciens s'occupent des poètes ;
Ils leur demandent de devenir le linge sale
De salir tous les linges,
De ne « faire », que des
poèmes-à-salir-les linges.
Les poètereaux bourgeois furent obéissants :
Très pressés,
Ils ont « fait »
Copieusement,
Bruyamment.
Aragonisant, éluardisant, paulhanisant,
triolébétisant, (1)
Ils ont sali
Tout linge pour cent ans ;
Ils se sont dit :
« Les temps sont venus où pouvoir
« faire » impunément
« Dans tous les linges blancs de
l'Esprit ».
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Ils ont compté sans les prolétaires ;
Ils ne savaient pas qu'ils étaient vus des
prolétaires.
Nous, paysans, nous, ouvriers, que RIEN ne peut
tromper
Nous refusons absolument cette saleté.
Nous ne sommes pas derniers, nous sommes premiers
;
Avec nous aucun abri pour la laideur stalinisée ;
Nos paroles ne sont pas propagande, mais propreté
;
Nul ne peut nous embourgeoiser, nous hitlériser,
nous aragoniser.
Nous prenons l'homme par le plus haut :
Par son âme, son coeur, son cerveau.
Nous voulons des paroles qui soient LA parole,
Des paroles que rien n'enrôle, PAROLE pour très
grands rôles.
Nous irons rechercher ces énormes exilés :
Le pur, le grand, le beau, la pitié, la bonté.
Nous voulons que de nouveau sur terre il y ait
Amour, loyauté, sincérité, beauté,
Nous voulons que tout soit RESPECT,
Que pour notre ennemi d'abord il y ait respect,
Qu'on puisse dire à qui nous nuit : « Vous
êtes pardonné ! »
Qu'on puisse dire à qui nous hait : « Vous
êtes aimé ! »
Dire à qui nous a blessés : « Nous allons
vous soigner. »
A qui nous a tués : « Nous allons vous
ressusciter. »
Par nous, paysans, ouvriers,
Les plus inaccessibles sommets sont réclamés ;
Rien n'est trop beau pour nous, paysans, ouvriers
:
Nous exigeons la sublimité, la sainteté ;
Nous, illettrés, nous réclamons la visibilité
Au delà du visible et toute immense lisibilité.
LA BEAUTÉ PROLÉTARIENNE doit flamboyer
Au-dessus de toutes les autres beautés.
Les poètereaux bourgeois furent obéissants ;
Par ordre en tout pays ils furent excréments ;
Les premiers poètes prolétariens, venus des
purs, venus des grands
Devant le vil désobéiront SCANDALEUSEMENT ;
Les premiers poètes prolétariens sont grondement
;
Même un Staline, qui n'entend rien, les entend !
Les poètereaux bourgeois furent la fin du monde,
Les poètes prolétariens recommenceront le monde.
Les poètes prolétariens recommenceront L'HOMME,
Les poètes prolétariens recommenceront L'AME.