Poésie
non traduite I et II (1953 et 1958) rassemble l'ensemble le plus vaste et le
plus diversifié des traductions d'Armand Robin: On y trouve des textes venant de près de
20 domaines linguistiques. Les nombreux auteurs traduits sont de genres variés,
d'époques diverses, souvent anciennes.
On y
trouve:
Chinois:Tou Fou, Wang Wei, Li Po.
Arabe: Imroulqais.
Breton: Anonymes du Barzaz Breizh, Maodez Glandour.
Suédois: Fröding, Koskenniémi.
Allemand: Caroline de Günderode, Jirgal, Holderlin.
Néerlandais: Gezelle, Elsschot, Bouthens, Holst, Marsman, Van Nijlen, Van der Graft,
Jonckheere.
Russe: Pasternak, Maïakovski, Remizov.
Espagnol: Paseyro.
Italien: Ungaretti, Montale.
Hongrois: Jozsef, Ady.
Polonais: Mickiewicz, Wazyk, Galcynski.
Gallois: Liwarc'h Henn.
Anglais: Keyes, Dylan Thomas.
Slovène: Lily Novy.
Ajoutons-y divers auteurs parfois anonymes en tchérémisse, bulgare, mongol, ouighour.
Eux-moi sommes UN. Je ne suis pas face à eux, ils ne sont pas face à moi.
Ils parlent avant moi dans ma gorge, j'assiège leurs gorges de mes mots à venir. Nous
nous tenons son à son, syllabe à syllabe, rythme à rythme, sens à sens, et surtout
destin à destin, unis et séparés en sang et larmes, ontologiquement sans félonie -
eux-moi intact UN.
Eux-moi, préface de Poésie non traduite I
Pour apprécier son travail, on peut comparer sur un texte précis l'original breton, la
traduction dont disposait Robin et enfin sa propre version:
Barzaz Breizh |
||
| Submersion de la ville d'Is Traduction: La Villemarqué |
Livaden Geris texte original en breton |
L'envoi d'eaux sur Ker-is Traduction: Armand Robin |
| Le roi Gradlon parla: "Joyeux convives, je veux aller dormir un peu. - Vous dormirez demain matin; demeurez avec nous ce soir; néanmoins, qu'il soit fait comme vous le voulez. - Sur cela, l'amoureux coulait doucement, tout doucement ces mots à l'oreille de la fille du roi : - Douce Dahut, et la clef ?
|
Ar roue Gradlon a venne: - Koanourien da, da eo gan-e Monet da gouski eur banne.
|
Le roi Gradlon leur a parlé : "Gais banqueteurs, continuez! - Je vais un peu m'ensommeiller! - Vous dormiriez après la nuit! Restez avec nous cette nuit Vous nous quittez ? Soit ! Bonne nuit!" Doux, tout doux, l'Amant roucoulait, A la fille du Roi coulait : "Douce Dahut, où donc la clé ? -La clé, pour vous je la prendrai; Le puits, pour vous je l'ouvrirai; Ce qui vous plaît, sûr, sera fait!" |
Du breton, et figurant dans le même recueil, Armand Robin a également traduit Les
chouans, toujours tiré du Barzaz Breizh ainsi
qu'un poème de Maodez Glandour, Le Mauvis de proche nuit. Dès
sa première oeuvre il avait traduit La prière du guetteur de
Yann Ber Calloc'h.
On peut aussi comparer diverses versions d'un même texte :
Wang Wei : allure de fontaine et de fruit |
|
| version envoyée à Jean Paulhan en 1952-53 sans doute en vue de publication | version définitive de poésie non traduite |
| (Poème
écrit en 718 ; Wang Wei était âgé de 19 ans) |
Poème
écrit en 717. Wang Wei avait 18 ans |
| sans titre | ALLURE
DE FONTAINE ET DE FRUIT |
| Le
pêcheur sur sa barque au pas des eaux Est
amoureux
du printemps montagneux Sur
les deux rives les fleurs du pêcher Serrent
les antiques gués Assis
il admire les arbres rouges Il
ne sait pas qu'il s'est éloigné Sur
le torrent bleu jusqu'au bout il a vogué Il
ne voit plus d'homme désormais Dans
les gorges des monts
il s'enfonce Des
tournants des sinuosités pour commencer Les
monts s'ouvrent son regard s'allonge Toute
la terre ferme est sans aspérité Il
contemple de loin partout d'unies Touffes
nuageuses d'arbres Il
vient tout près
mille éparses Demeures
dans les bambous en fleur L
'hôte ramasseur de bois mort le voyageur Le
premier leur annonce le nom des Hans Les
demeurants d'ici n'ont pas encore Quitté
lhabit de lère Tsing il y a mille ans Ces
demeurants sont fixés ensemble A
la source où naît le non-être Puis
en dehors des Etres Ils
reconstruisent leurs vergers leurs champs Quand
la lune brille sous les pins Les
maisons et les fenêtres sont paisibles Quand
le soleil quitte le centre des nuées Coqs
et chiens crient des cris serrés Troublés dapprendre que de la vie Leur
vient un être ils viennent à l'envi Vers
lui ou l'invitent à l'envi Pour
l'interroger sur son pays «
- A laube dans les ruelles de mon village «
Avant de partir j'ai balayé les fleurs «
Le soir javais pris du poisson j'ai suivi «
Le pas des eaux et je suis entré ici «
- Au début à cause de lendroit écarté «
Nous avons délaissé l'humanité «
Puis nous sommes devenus des immortels «
Et nous ne sommes pas rentrés «
En ces gorges comment saurions-nous «
Qu'il y a des hommes encore «
Eux ne peuvent voir ils sont en dehors «
Que monts déserts désertes nuées » Il
n'ignore pas que percevoir Le
terrain de l'Esprit harasse Il
na pas vidé de son coeur tout
le sable du sensible Il
pense encore à son village Il
se dit les lieux déjà traversés Ne
peuvent pas millusionner Comment
pourrait-il
en être informé Les
sommets les canaux ont changé Linstant
même il ne sest rappelé Que
son entrée dans les monts profonds Que
le torrent bleu et ses tournants nombreux Que
son arrivée aux bosquets nuageux Le
printemps aujourd'hui à son village vient darriver Cest
partout des eaux des fleurs de pêcher Lui
ne distingue plus en quel lieu
chercher La
source où coule son immortalité |
Le
pêcheur sur sa barque au pas des eaux S'est
amouraché du printemps montagneux Sur
les deux rives les fleurs des pêchers Serrent
les antiques gués Assis
il admire les arbres rouges Il
ne sait pas qu'il s'est éloigné Sur
le torrent bleu jusqu'au bout il a vogué Il
ne voit plus d'homme désormais Dans
les monts gorge par gorge il s'enfonce Des
tournants des sinuosités pour commencer Les
monts s'ouvrent son regard s'allonge Toute
la terre ferme est sans aspérité Il
contemple de loin partout d'unies Touffes
nuageuses d'arbres Il
approche mille et mille éparses Demeures
dans les bambous en fleur L
'hôte ramasseur de bois mort le voyageur Annonce
le premier le nom du règne Han Les
demeurants d'ici n'ont pas encore Quitté
lhabit du règne Tsing il y a mille ans Ces
demeurants ont pris gîte ensemble A
la source où naît le non-être Puis
en dehors des êtres Ils
ont reconstruit leurs vergers leurs champs Quand
la lune sous les pins scintille Les
maisons les fenêtres sont paisibles Quand
le soleil s'enfuit du centre des nuées Coqs
et chiens crient à cris serrés Bouleversés
dapprendre que de la vie Leur
vient un être ils accourent à l'envi Vers
lui ou l'invitent à l'envi Pour
l'interroger sur son pays «
A laube dans les ruelles de mon village «
Avant de partir j'ai balayé les fleurs «
Le soir ayant pris du poisson j'ai suivi «
Le pas des eaux et je suis entré ici «
Au début à cause du lieu écarté «
J'ai délaissé l'humanité «
Puis j'ai été coincé par l'immortalité «
Et je ne suis pas rentré «
En ces gorges comment savoir «
Qu'il y a des hommes encore «
Eux sont sur les bords ne peuvent voir «
Que désertes nuées monts déserts » Il
n'ignore pas que percevoir Le
terroir de l'esprit harasse Intact
est dans son coeur l'entier sable du sensible Il
pense encore à son village Il
se dit les lieux traversés Ne
peuvent pas m'égarer Or
comment en être informé Les
sommets les canaux ont changé Sur
le moment il se rappelle seulement Son
entrée dans les monts profonds Le
torrent bleu les tournants nombreux Son
arrivée aux bosquets nuageux Aujourd'hui
le printemps vient de rentrer Partout
des eaux des fleurs de pêcher Lui
ne sait plus en quel pays chercher La
source où coule son immortalité |
Poésie
non traduite I et II sont édités par Gallimard dans la collection
blanche... Les deux volumes sont aujourd'hui épuisés..