Armand Robin: l'oeuvre libertaire
* Poèmes de Boris Pasternak, éditions anarchistes, 1946 *
LE DEDANS D’UN BOIS Sur le pré la nausée d'un lourd feu de lilas, Une pénombre de basilique œuvrant son ombre dans le bois. Restait-il chose au monde pour les baisers de ces deux-là ? Tout ce monde était leur chose, leur cire molle sous leurs doigts. Et le songe était ce songe: on ne sommeille pas, on songe Seulement qu'on est soif de songe, qu'un homme sombre Dans le sommeil et que, sautant des yeux, deux sombres Soleils ardent ses cils au long du songe. Onde, tout rayon! Onde, les fuyantes rondes, Des lucioles ! sur les pommettes la canetille des libellules Croisait son onde. Et le bois, redondant de diligentes Lueurs, avait semblance d'horlogerie sous les brucelles. Et la semblance était: sous le tictac d'un cadran un bois sombrant Dans le songe; et, le temps de ce somme, sur un pic dans l'amer Ambre on met à l'heure selon le temps Qu'il fait la plus exacte horloge de l'éther. L'horloge, on la mue; on tortille les aiguilles; Il y a semaille d'ombre, jour qu'on débilite, vrilles Forant pour que l'ombre, mât agressif, puisse Dominer le cadran bleu quand le jour s'épuise. La semblance était: l'antique monde boisé en joie est bois dormant; La semblance était: bois enclos d'un couchant de songes. Mais ceux-là qui sont la joie ne regardent aucun cadran Et ces deux-là, leur semblance est: seulement sommeil et songes !
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