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Armand Robin: le traducteur

*   Ma Vie Sans Moi   (partie traductions) 1940  *

Tous les vivants porteurs d'une marque secrète
Doivent passer à part dès leur premier instant.
Ainsi, moi, si je n'étais poète,
Je serais à coup sûr un voyou, un brigand.

Tout maigriot, chétif sur mes ergots,
Mais chaque jour héros parmi les gosses,
Souvent, souvent je rentrais tout faraud
Avec un nez saignant de quelque bosse.

Ma mère à ma rencontre accourait, les bras fous.
Moi, par ma bouche en sang, je lui filtrais mon cri:
« Ce n'est rien, mère! Rien du tout. J'ai heurté un caillou,
« Demain matin ce sera tout guéri ! »

Et maintenant, alors que s'est fanée
Cette guirlande bouillonnante de mes années d'été,
Ma force de sauvage, de bête blessée,
Dans mes poèmes la voilà déversée.

Mon grenier, c'est de l'or qui luit en grains de mots
Et sur toutes mes lignes, plus loin que tous les points,
Bondit par ricochets ma bravoure de marmot,
Ma bravoure de coquin et de vaurien.

Je suis autant qu'alors réfractaire tout en cran,
Mais seulement mon pas éclabousse du nouveau:
Jadis ils venaient tous me brider le museau,
Mais aujourd'hui mon âme, toute mon âme n'est que sang.

Et désormais ce n'est plus à ma mère,
C'est à la foule ricanante, étrangère, que je crie:
« Ce n'est rien! Rien du tout! J'ai heurté quelque pierre,
« Demain, dans l'aube de ma mort, ce sera tout guéri! »

Essénine, 1919.

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