LE POÈTE PROLÉTARIEN Je
ne suis plus qu'un homme qui dit ce qu'il est; Je
n'ai plus du tout besoin de style compliqué: Je
n'ai besoin que de tout donner sans rien demander, De
semer pour vous tous, sans que je puisse me récolter, L'âme
que m'ont faite les paysans, les ouvriers. Je
ne suis pas venu pour vivre en privilégié; J'ai
la main prise dans une grande main de fidélité; Paysans,
ouvriers, surgi de vous, aventuré Très
bêtement parmi les grands messieurs mauvais, Je
reste en vous granit que RIEN ne peut changer. Les
poèmes pour moi ne sont pas un banquet, Mais
manière plus sûre et plus dure de suer; Nul
ne peut m'apprivoiser avec des bouquets de célébrité; Au
banquet des lettrés j'ai refusé de festoyer; Aucun
puissant ne peut m'hitlériser, m'aragoniser. Je
ne dois qu'aux miens seuls, très grands, très purs, tout ce que j'ai; Les
prolétaires dont je suis né viennent toujours m'aider; Quand
un mot chante en moi, c'est qu'il voulait en eux chanter; Communistes
et bourgeois, tentez donc de me renverser: C'est
en eux tous, messieurs, qu'il vous faut me déraciner. Lentement,
obscurément les miens m'ont fait; Je
me sens dans leurs mains encrier d'écolier; |