Le cerveau, ce fat piaffant
Sans pitié, corps, ô machine neuve !
Pousser à bout les possibilités du cerveau!
Avant de l'admettre, à cent travaux le
soumettre !
Machine de beauté !
M'exercer à mon âme avant de
la donner !
Les tortures que je m'invente
sont insuffisantes !
Je tire vers moi mon poème
broc par broc !
Dans la nuit je sens une
grosse tête de jument
Epaisse, qui me prend près d'elle.
J'aime les étoiles debout sur
mon sommeil.
Pour ma gorge je veux une volage volonté !
Je voulus sans nul sentier
connaître le monde entier,
Je voulus, moi sans pays, connaître tout pays !
J'ai pris tout site,
Tout appui de géographie,
Tout alibi d'astronomie,
J'en ai fait mon bien, là-bas, ici
!
J'ai parlé confusément, péniblement,
Avec mes mots d'homme fatigué,
D'homme travaillé, retravaillé.
Pas hâtifs,
J'ai dépassé le temps, l'espace,
Et les conditions du monde ;
l'ai vécu en fou dominé. |