DANS
LE TEMPS DES TYRANS
Le
poète, s'il vient du peuple, est indésirable;
Il restera du côté des ruisseaux, des nuages, sera semblable
Aux vents qui ne veulent pas être dirigés,
Aux têtes de chevaux qui n'aiment pas qu'on ait décidé
Par avance de leur regard, de leurs museaux, de leurs crinières.
«
Venu du peuple », ça les dérange tous.
Au lieu d'un « Vive Hitler! Vive Staline! » voilà des gens
Qui marchent purement et il y aura dans les rues
Et dans les villages des écriteaux de fête portant, criant:
« Les hommes du peuple sont supérieurs aux tyrans !
Les hommes du peuple n'ont pas besoin des gouvernants !
La haine est chose de bourgeois; nous, surgis [du néant] de la souffrance
Nous donnerons au monde le goût très neuf d'aimer. »
Les
derniers rois de la vanité bourgeoise
N'aiment pas savoir que les hommes du peuple vont les remplaçer
On voit Aragon se contorsionner devant cette idée;
Et mettre l'amour où ils mettaient la haine, la force où ils mettaient la faiblesse.
J'écris aux gribouilleurs bourgeois pour leur demander
Qu'ils me fassent tout le mal. |