- 1944 - |
| janvier | 23 : Lettre à la Revue Confluences (sans doute à son directeur René Tavernier), pour demander à être attaqué dans la revue dont il juge les tendances réctionnaires et bourgeoises. La missive se termine par : Vive Lénine ! A bas toutes les patries ! Vive l'internationalisme prolétarien ! |
| février | |
| mars | 25 : lettre à Jean Bouhier.
S'excuse de ne pouvoir sérieusement intervenir auprès de ... Gallimard, où il fait dissident,
mais promet d'essayer du côté de Raymond Queneau. AR y confirme ses
traductions de chinois et de poèmes hongrois (Ady), qu'il a promis à Gallimard. 28 : rencontre avec Raymond Queneau |
| avril | 29 : lettre à Jean Paulhan, la
1ère depuis le 8 novembre 1943, pas d'en-tête : confirme avoir envoyé des poèmes d'Ady
à Gallimard, et demande à être attaqué dans toutes les revues fascistes : Poésie
44, Confluences, Les Cahiers du Rhône et Les Lettres Françaises. La lettre se termine par le PostScriptum suivant : Un moment de sincérité : je suis arrivé à un stade tel que je ne veux plus avoir d'ami : j'ai besoin d'être haï, j'ai besoin d'être torturé et désespéré davantage. L'absence quasi totale de courrier pour cette période le confirme. A la lettre est joint un billet : ce sera 1500 f par mois pour Artaud. AR participe ainsi par l'intermédiaire de Jean Paulhan à la souscription en faveur d'Antonin Artaud alors interné en hopital psychiatrique à Rodez dans le dénuement le plus total. Désormais ses missives contiendront les billets. |
| mai | Reprise du bulletin d'écoutes (BE) à titre
personnel, d'après le témoignage d'Albert Camus. Mais peut-être avait-il été repris
dès avril. Robin parle en effet d'une interruption de seulement 8 mois. Il semble que ce
soit une demande de l'AID (Agence d'Information et de Documentation) créée
clandestinement en zone occupée en 1944. (De la fusion de diverses agences d'information
nées de la guerre, dont l'AID, naîtra l'AFP). Ses premiers bénéficiaires sont Combat
et L'Humanité, sans doute à titre gratuit. La parution semble quotidienne au
début et l'abonnement coûte 3000 frs/mois: en décembre 1944, il estimera les revenus
qu'il en tire à 30 000 francs/mois. Il considère bien gagner sa vie, mais au prix d'un
labeur acharné car il fait tout : écoutes, rédaction, frappe à la machine, tirage à
la ronéo; plus tard il fera aussi la distribution (postale ou directement dans les
boîtes à lettres ou bureaux). Pour ceux qui suspectent encore AR de collaboration
active, on voit mal ces 3 organismes (et les gens qu'ils représentent) confier leur
information à un collabo ! 4 : Festival poétique en l'honneur du 25e
anniversaire de la mort d'André Ady, à l'invitation de l'Institut Hongrois de Paris.
Invité, - son nom figure sur le programme en tant que traducteur - , AR s'y rend ... en
smoking ! Récit de la soirée par un témoin attentif : Dans la salle remue à peine
un petit homme chétif, ramassé sur lui-même et qui passerait inaperçu sans son aspect
saugrenu. Il est là, vêtu d'un smoking, sagement assis, anonyme; mais des manches de sa
veste dépassent deux grosses mains rustiques que de temps en temps il agite sur ses
genoux : c'est Armand Robin, le traducteur d'Ady, son frère spirituel: c'est Ady, c'est
de lui qu'on vient d'entendre de bouleversants poèmes. [...] |
| juin | 28 : assassinat de Philippe Henriot au ministère de l'information par Charles Gonard, dit Morlot, du COMAC, mouvement de résistance. |
| juillet | Fin juin ou début juillet : Altercation dans un
bar de Montparnasse : AR est accusé de l'assassinat d'Henriot ! Un certain soir de juillet 1944, envie me prit d'aller boire un verre dans un bar de Montparnasse; je dois avoir un tête suspecte à tous les régimes car je fus environné dès mon entrée de drôles de gens (je sus plus tard qu'il s'agissait de la gestapo française), qui pointant stupidement sur moi un revolver, me crièrent : « C'est toi qui as assassiné Philippe Henriot ! » Bizarre idée : je n'aurais certainement pas assassiné cet excellent orateur qui exprimait avec talent toutes les idées que je jugeais et juge exécrables pas plus que maintenant je ne songe à assassiner son successeur en talentueux mensonges, Pierre Hervé. Je répondis à ces curieux individus : Eh! bien! oui! J'ai assassiné Philippe Henriot, et même ça m'a donné chaud, j'ai besoin de boire un verre ! » Chose étrange ! Ces messieurs de revolver cessèrent immédiatement à croire en ma culpabilité: les policiers sont gens de peu de foi. Lettre de type indésirable en date du 7 juillet 1946 : envoi des poèmes d'Ady aux membres du Comité National des Ecrivains. |
| août | 25 : les 1ers chars de la 2e DB
entrent dans Paris. Le cabinet particulier de De Gaulle s'abonne au BE. On raconte qu'un motocycliste vient tous les matins le chercher au domicile de Robin et qu'il y croise celui de L'Huma !!! |
| septembre | 8 : lettre à Jean Paulhan,
sans doute occasionnée par la souscription Artaud : refus de reprendre le dialogue avec
quelqu'un qui dit du mal des autres et a répété des calomnies absurdes.
Persiste à demander à être attaqué dans les journaux et revues. Le plus intéressant est sans doute ce qui est nettement barré en fin de lettre : 4
: Assemblée plénière du CNE : Claude Morgan est désigné secrétaire et directeur du
journal Les Lettres Françaises, hebdomadaire. 16 : 2e publication de la Liste Noire: elle compte désormais 94 noms. fin du mois : De nouveaux noms sont ajoutés à la liste. Jean Paulhan a déjà des velléités de démission du CNE; Camus démissionne avec fracas. |
| octobre | 21 : la 3e et dernière liste
"définitive" est portée à 158 noms. Celui d'Armand Robin n'y figure toujours
pas. Mais l'exaspération de Jean Paulhan et d'autres écrivains de renom (François
Mauriac, Georges Duhamel....) va croissant au fur et à mesure que les listes s'allongent
! Au fond les listes noires étaient moins faites pour châtier les collaborateurs
(avec l'Allemand) d'hier que pour éliminer les résistants (du Russe) de demain.
Lettre du 7 mai 1948 à Jean Texcier, directeur de l'hebdomadaire Gavroche. Ce
sera très exactement le cas d'Armand Robin, anarchiste proche des trotzkistes, d'après
ses adversaires. 31 : arrêté de révocation sans pension du ministère de l'Information : AR aurait omis de s'y présenter à la Libération ! Il proteste naturellement. |
| novembre | 4 : Les Lettres françaises
: deux nouveaux noms sont à ajouter : Paul Morand, oublié par erreur, et Armand Robin.
Dans le Figaro, bref communiqué : il faut ajouter le nom d'Armand Robin à la
liste noire. Aucune justification, ni dans Les Lettres Françaises ni dans le Figaro.
Aucune trace de discussions concernant son cas n'a été retrouvée dans les
compte-rendus des réunions de la commission d'épuration. Son nom ne figure pas non plus
dans les listes préparatoires. D'après AR, il faut exclusivement y voir la patte
d'Aragon car il n'y a eu aucune décision collective le concernant. Avec l'aide de Raymond
Queneau, AR tente des démarches pour faire enlever son nom, puis y renonce, trouvant
finalement sa situation symbolique : une liste où il est seul est une forme de
reconnaissance ! Il devient le poète indésirable... 14 : lettre à Jean Paulhan, sans en-tête : AR s'estime satisfait : il est totalement isolé et discrédité, mais il pense à juste titre que Jean Paulhan ne peut être solidaire de ceux qui l'ont mis sur la liste noire. Interdit de publier, il annonce ... deux publications, clandestines naturellement : une anthologie de la poésie soviétique et des poèmes d'admiration sincère pour Staline ! le mots sincère souligné de 2 traits marque évidemment la provocation ! 30 : l'arrêté du mois précédent est rectifié : AR est admis à cesser ses fonctions au 1er septembre 1944. Il va donc toucher un arriéré de traitement depuis juillet-août 1943. Il écrit aussitôt pour demander sa réintégration en tant que fonctionnaire. Elle lui sera refusée. |
| décembre | 21 : Le Libertaire
reparaît d'abord suivant une parution irrégulière puis bimensuelle due aux restrictions
de papier. Il reprend sa forme hebdomadaire à partir d'avril 1946. C'est l'âge d'or du Libertaire,
où collaborent alors entre autres Georges Brassens - qui sera même un des permanents du
journal -, Léo Ferré, André Breton, Armand Robin et Albert Camus. (copier-coller
Wikipedia). 30 : lettre à Jean Paulhan à en-tête barré du Comité Français de la Libération Nationale: AR s'excuse d'avoir accusé son correspondant d'avoir lancé des calomnies contre lui, lui promet réparation, désigne le vrai coupable: Eluard. Et il joint à sa missive celle qu'il adresse le jour même au poète. 30 : Lettre à Paul Eluard : AR répond aux accusations qu'Eluard est supposé diffuser contre lui : il fait le point sur son travail d'écoutes des radios: sous loccupation allemande, javais constitué à moi tout seul un véritable organisme dinformations qui allait dans une bonne dizaine dorganisations pas du tout vichyssoises, je vous prie de le croire. Il ny a guère eu quune interruption de 8 mois dans ce service quand De Brinon, Sordet et dautres décidèrent davoir la tête « de lêtre le plus dangereux de Paris » selon leur expression. Je ne demandais pratiquement rien à ces organisations pendant loccupation et jai dû vivre pendant longtemps dune vie assez dure. Depuis la libération, chacun de ces organismes me paie et dune façon très large, de sorte que je gagne depuis août environ 30 000 francs par mois (et quand certaines des personnes pour qui je travaillais rentreront dAllemagne où elles ont été déportées, je serai payé mensuellement quelque 20 000 francs de plus). Le seul organisme dont je nai jamais rien accepté, pas même comme fournitures de papier, parce que je tenais et tiens toujours à travailler pour lui gratuitement est le Parti Communiste (pas celui des littérateurs, celui des vrais militants). Comme en plus le Ministère va lui régler un arriéré de pension, le voilà riche, il décide de prélever un peu de cet argent pour octroyer à Eluard le prix de la vengeance d'un homme venu du peuple. Le poète pourra ainsi payer une femme de ménage, bavarder avec elle et retrouver ainsi le contact avec le peuple ! |
Dernière révision : 29/04/2010 - Les informations concernant le CNE, l'épuration et la liste noire sont pour l'essentiel tirées du livre de Gisèle Sapiro, La guerre des écrivains - 1940- 1953, éd Fayard, 1999. Mais ni Armand Robin ni le journal Le Libertaire ne figurant dans le panel retenu pour l'étude statistique, les renseignements le concernant y sont assez fragmentaires.
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