- 1940 - |
| janvier | 1: Esprit :
parution de Airs de ronde pour lutins,
(dernier texte à paraître dans la revue avant octobre 1952), avec en note l'annonce de
sa parution dans Ma vie sans moi. Le titre du recueil éponyme est donc fixé. 1: retour à Paris après un bref séjour en Bretagne - Lettre de bonne année au couple Paulhan avec le manuscrit de Temps passés incomplet : il manque presque tout le 3e mouvement, celui qui sera conservé dans la nrf. Annonce un prochain conseil de révision dont le résultat lui est indifférent. 14 : lettre à Jean Paulhan : le conseil l'a jugé apte au service armé : souhaite ne pas en revenir vivant, regrette d'avoir écrit des poèmes, ne veut plus être publié; va continuer à écrire, mais détruira ses poèmes. |
| février | nrf : publication d'une note de lecture sur Rilke, Contes de Bohême. |
| mars | 4 : obtient son permis de
conduire, catégorie B Lettre à Jean Paulhan (datation imprécise) : a écrit un prière d'insérer à la demande de Gallimard ; se découvre entouré de "présences féminines" : 1ère allusion évidente à Jacqueline Dastros, sa future femme. |
| avril | 9 : date du visa de Ma
vie sans moi 15 : dernier numéro de la revue Mesures 16 : "arrivé au corps", d'après son livret militaire. Armand Robin est mobilisé à Versailles dans le Génie. Il a été faire un séjour en Bretagne juste auparavant pour passer sa dernière soirée avec son père qui lui avoue à cette occasion avoir composé des poèmes et des chansons dans sa jeunesse. Il pense rester 6 mois à Versailles. 18: achevé d'imprimer de Ma vie sans moi, collection Métamorphoses, tiré à 1180 exemplaires, dont 180 en service de presse. Le prière d'insérer a été écrit par Jean paulhan. Traduit des poèmes russes. Lettre à Jean Paulhan : demande quelques exemplaires de Ma vie sans moi pour obtenir de ses chefs l'autorisation de publier |
| mai | 1 : nrf : parution du Prière d'insérer de Ma vie sans moi: il serait en fait de Jean Paulhan lui-même. |
| juin | 4 : quitte Versailles pour
Périgueux, caserne d'Aumesnil 8 : carte postale à Jean Paulhan et Gaston Gallimard à Mirande : AR se trouve à l'école militaire du Génie de Saint-Sulpice dans le Tarn... avec Eluard ! 15 : lettre à Jean Guéhenno : lui raconte son séjour à la caserne de Versailles et lui annonce sa ligne de conduite pour la période de la guerre : Maintenant, je pense, va commencer notre véritable travail. J'ai confiance en la permanence de ce pays: il ne sera dépouillé que de ses ornements matériels. Peut-être, dénué du matériel, va-t-il enfin prendre souci du réel. Je ne crois pas, à tout prendre, qu'il y ait là un désastre. Voilà qui me soutient en cette "nuit" très noire. Je surmonterai cette nuit. C'est dans la ligne de ce qu'il avait déjà annoncé un peu plus tôt et qui ne variera pas : Je tâcherai, autant que je le pourrai, de travailler à des poèmes, dans le silence. Il demande aussi de lui envoyer un peu d'argent. 21 : lettre à Jean Paulhan : donne des nouvelles de sa famille; a reçu 3 lettres de Jacqueline Allan (sic), nom de plume de Jacqueline Dastros, sa future femme; et une autre de Jean Guéhenno, "très sombre". Annonce sa démobilisation et son retour à Paris, et surtout qu'il a écrit de la prose dont il lui est difficile de parler: sans doute Le temps qu'il fait au moins dans son début. |
| juillet | 1 : prise en main de
l'édition française par la Propaganda allemande : dépôt légal et dépôt au bureau de
presse de l'autorité militaire d'occupation. 4 : dernière lettre retrouvée à Jean Guéhenno : Jécris. Je sens quau fond je travaillerai maintenant dans un monde intérieur éclairci. Les dernières années mont toujours paru très broussailleuses. 13 : pneu à Jean Paulhan : grâce à Joë Bousquet et Paul Eluard, AR a appris que Jean Paulhan et Gaston Gallimard se trouvent à Villalier, près de Carcassone, chez Joë Bousquet, donc tout près de lui. Annonce une lettre plus longue qui sera datée du même jour. 13 : 2e missive : envoi de poèmes; donne des nouvelles d'Eluard, "assez détruit" par la situation; demande l'adresse "actuelle" de Jacqueline Allan; fait du vélo sur la bicyclette d'Armand Guibert, et demande de l'argent sur un ton ironique: "il me reste 42 francs". [18 ?] : lettre à Jean Paulhan : nouvelles de la famille: ce n'est pas l'arrivée des Allemands en Bretagne qui allait empêcher son père de finir les foins ni de commencer la moisson ! pourrait être démobilisé vers le 30, et pour cela demande un certificat d'employeur à Gallimard pour rester en zone libre. Annonce sa visite probable à Carcassonne avant de remonter par Lyon. A reçu une lettre très noire de Guéhenno. 3e semaine (antérieure au 25) : A Robin et paul Eluard en visite à la nrf chez Joë Bousquet à Villalier. Au cours d'une soirée, il développe ses idées sur la défaite: pour lui la situation est devenue plus claire, et l'artiste a tout à gagner à cette situation nouvelle. Sa bonne humeur, voire sa satisfaction qu'il affiche, offusquent les témoins (au moins Jean Paulhan, et Paul Eluard et probablement tout le staff de la nrf). Commentaire de Jean Paulhan dans une lettre non datée (mais postérieure au 27 juillet) à Jules Supervielle : Robin est parti pour Paris, si joyeux que tout le monde s'en trouvait offusqué, et que Guéhenno l'a mis à la porte. Dans une autre lettre du 25 juillet, il écrit que Robin était enchanté (de quoi? de tout. Il dit que la vie est enfin claire, qu'on sait où l'on va. - moi, non. On peut penser que ses interlocuteurs ont été offusqués de voir qu'AR - par naïveté - prenait tout droit le chemin de la collaboration alors qu'eux-mêmes sont déjà en état de résistance. Trois ans plus tard, les affirmations de Robin reviendront sur la table: voir lettre à Jean Paulhan du 6 septembre 1943 : Quand vous mobilisez contre moi une déclaration de Carcassonne, vous ne jouez pas franc-jeu, Paulhan : vous savez bien qu'à ce moment, j'étais tout à ma joie de voir sombrer le chauvinisme français et que d'ailleurs l'U.R-S.S. n'étant pas encore en cause, toute cette histoire me paraissait frivole. J'aurais beau jeu moi aussi à mobiliser les propos que tint alors devant moi Eluard et d'autres, mais vraiment cela me paraît sans importance. 27 : entrevue très orageuse avec Guéhenno, qui a décidé de ne rien publier tant que la France serait occupée. En voici le récit, extrait du journal des années noires : X.., le poète vient me voir. Je l'interroge sur son expérience de soldat Il me parle de l'armée comme du plus invraisemblable monstre surréaliste. Ce qui n'est pas mal. Quant à l'événement, l'histoire ne l'intéresse pas. Alors il va continuer ses petites recherches, travailler à ses poèmes. Au total, il est assuré que la liberté n'est pas menacée. Il vivra retiré au sein de son fromage poétique. Je l'ai mis à la porte. Ces jouisseurs me dégoûtent. Il eût été ridicule de discuter, d'expliquer que la poésie, la grande, la vraie est connaissance et par conséquent liberté, la liberté même... A quoi bon... L'événement est authentifié par une lettre de Jean Paulhan à Jules Supervielle et par un témoignage d'Henri Thomas, qui indique que la rencontre aurait eu lieu à Lyon et qui date toutefois l'événement du début août. Il arrivera bien sûr à nouveau aux deux hommes de se rencontrer, mais le ressort est cassé ! A noter que lorsque Le Temps qu'il fait sera édité, Jean Guéhenno n'en pipera mot dans son journal, alors qu'il y commente abondamment les parutions de ses connaissances, rivaux et amis et qu'il s'agit là d'un roman écrit pour lui, peut-être même le roman qu'il aurait rêvé d'écrire. Il faudra attendre la mort de Robin pour que Guéhenno parle à nouveau de son élève, mais sans jamais aborder leurs divergences d'opinion. 28 : 2 lettres à Jean Paulhan dans la même journée -1 : perspective de traduire Pouchkine et voudrait publier un volume de proses vers décembre, sans doute Le Temps qu'il fait; a reçu une lettre de Supervielle - bloqué par la guerre à Montevideo - à la suite de son envoi de Ma vie sans moi; demande une avance à Gallimard; n'a aucune nouvelles de ses frères mobilisés; et annonce son arrivée probable à Paris pour le 10 août. - 2 : Sera démobilisé le 1er août ou au plus tard le 4 et rejoindra Paris, puis ira voir son père; réitère sa demande d'une avance. 31 : Armand Robin libéré : "a déclaré se retirer à Vichy chez la princesse de Chambrun Ruspoli, hôtel Lafayette" sous le prétexte qu'il doit donner des cours à sa fille. |
| août | 4 : arrivée à Vichy 6 au 14 : visite à des "amis" dans la Nièvre: il s'agit vraisemblablement de Jacqueline Allan-Dastros et de sa famille. 16 : lettre à Jean Paulhan de Vichy, où il n'a pas encore vu son élève: s'est amusé à franchir la frontière de la zone libre dans la région de Nevers; nouvelles d'Eluard: il a quitté Saint-Sulpice; exprime le souhait que la nrf continue. 17 : départ pour Paris |
| septembre | a peu écrit, occupé par des problèmes matériels et familiaux: libération de ses frères, visite à son père (?), déménagement et préparatifs de mariage..... |
| octobre | [6 ? :] lettre à Jean
Paulhan : Ici la liberté de créer est aussi grande qu'avant; sinon plus
: peut-être est-il mieux que l'esprit n'ait pas à penser politiquement, mais seulement
humainement; annonce son mariage pour dans une quinzaine de jours et souhaite
JP comme témoin, avec Eluard comme témoin pour Jacqueline; a vu Drieu, Guéhenno, et
Eluard; a déménagé au 55, rue Paul Barruel Paris 15e, futur domicile du couple; donne
son numéro de téléphone Lecourbe 90 09. 24 : mariage dans le 15e arrondissement d'Armand Robin avec Jacqueline Jeanine Juliette Dastros. Le mariage religieux a lieu le même jour à l'église de Saint Lambert. Jean Guéhenno ne semble pas y être présent. |
| novembre | 23 : sous la pression allemande, Drieu La Rochelle est nommé directeur de la nrf. |
| décembre | fin novembre ou courant
décembre : lettre à Jean Paulhan : AR a lu plusieurs auteurs maison, Cocteau, Aragon,
Mauriac et Elsa Triolet... qu'il trouve sympathique désormais. Clairement AR est à la
recherche d'un travail à la nrf ! 1 : nrf: 1er numéro sous la responsabilité de Drieu: Ma vie sans moi (le poème) et Temps passés (non repris en volume). Mais Temps passés, écrit en fin 1939 a été amputé des parties I et II. On pouvait y lire notamment: Foudroyeur monotone de notre Europe de fantômes, Dieu juif toujours jaloux, toujours blessé, Hitler Sur son Mont Sinaï grelottait de grandeur. La censure - volontaire ou non - est donc déjà à l'oeuvre ! texte complet ici. Par ailleurs, c'est Drieu lui-même qui présente Ma Vie Sans Moi. 3 : lettre à Jean Paulhan : AR avait sollicité un poste auprès de Drieu
à la nrf: Gallimard a répondu par la négative. Par ailleurs il attend des
nouvelles de la fondation Blumenthal pour l'attribution d'un prix. La lettre se termine
par un "amical souvenir" de la main de Jacqueline. Non daté pour 1940 : texte respecte ton chien de père, traduction / adaptation de la mythologie boudhiste. |
dernière révision : 26/10/2010
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