Armand Robin: l'oeuvre libertaire
* André Ady, éditions anarchistes, 1946 *
SOUVENIR D'UN IMMENSE MORT A la mémoire de Jean Jaurès Venez, vous qui vraiment souffrez, Qu'à vous mon cœur se fasse entendre, Mon cœur, muets battements maudissants, Qui voudrait remplacer un héros tué. Écartons les guenilles de l'homme d'à présent, Comptons ses conditions de tristesse, d'asservissement, Soyons des amoureux d'un amour de fous Pour lui, malgré ses fautes de fou. Plus de cent sont les raisons du Hongrois De proclamer partout tendre frère cet homme-là, Plus de cent sont les deuils quand ce bras-là En défendant la paix s'abat. Mon cœur me fait bien mal, mon message est bien pesant, Je ne vais pas pouvoir tout vous dire complètement, Mais un immense mort, un frère assassiné Dedans ma vie vit, semblable au Juste de la Pensée. Les temps pesants détruisent les meilleurs Dans le tendre cœur des faibles compagnons, Mais ils demeurent, ceux-là qui face au temps Restent droits, se chargent du Droit. Venez, vous qui vraiment souffrez, Qu'à vous mon cœur se fasse entendre, Mon cœur, muets battements maudissants, Écoutez-le maudire et bien fort maudissez.
Index des textes libertaires