Armand Robin: l'oeuvre libertaire
* André Ady, éditions anarchistes, 1946 *
SOUS LE MONT SION Avec sa hirsute, blanche barbe de Dieu, Tout lacéré, frileusement soufflait, courait Mon Seigneur, le très vieil oublié, Par un moite, aveugle, automnal avant-jour Sous le mont Sion quelque part. Énorme cloche était son paletot, Rapetassé d'un rouge abcd ; Il était bien bas, bien râpé, le vieux Seigneur, Il tapait, frappait le brouillard, Carillonnait pour un Orate. Je tenais une lanterne dans mes tremblants doigts Et dans mon âme en loques je tenais la Foi Et je tenais dans mon esprit les jours jeunes d'autrefois A mes narines parfum de Dieu parvint Et justement je cherchais quelqu'un. Là, sous le mont Sion, il m'attendait Et les pierres étaient flamme, étaient feu, Il carillonnait, me caressait, Ses pleurs sur ma face pleuraient, Il était bon, il était clément, le vieux. J'ai baisé ses mains de vieux, toutes ridées, Avec des hurlements j'ai brisé ma raison : « Comment t'appelle-t-on, beau Seigneur si vieux « Vers qui j'ai dit tant d'oraisons ? « O souffrance, souffrance, souffrance, j'ai oublié. « O seulement savoir enfantine oraison ! « C'est en mort que je fais retour vers ta maison, « Moi, le vivant en pleine vie sa damnation. » Lui me regardait, regard navré, Et carillonnait, carillonnait. « O seulement savoir ton nom toute perfection » Lui, il attendit, attendit, puis en mont bondit, En chacun de ses bonds un répons de psaume, De psaume pour un mort. Et moi me voilà, toujours assis Sanglotant, sous le mont Sion.
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