Armand Robin: l'oeuvre libertaire
* André Ady, éditions anarchistes, 1946 *
POÈME DU FILS DU PROLÉTAIRE Mon père à moi de l'aube à la nuit Vite, vite, trime, travaille ; Mon père à moi, pas d'homme meilleur Où qu'on aille. Mon père à moi va en veste usée, Mais m'achète un habit flambant Et me parle d'un futur tout beau Amoureusement. Mon père à moi est captif des riches, Ils le broyent, le ploient, le pauvre gars, Lui, le soir, il rentre, du bon espoir Plein les bras. Mon père à moi, sa fierté, sa force, Il nous les donne, ce lutteur, ce grand, Mais lui-même jamais ne s'abaisse Devant l'argent. Mon père à moi est un pauvre, un sauvage ; S'il n'avait de regard pour son gars, Il arrêterait cette immense farce D'ici-bas. Mon père à moi, s'il le décidait, Les riches tous seraient détruits, Tous mes petits camarades seraient Comme je suis. Mon père à moi, s'il disait un seul mot, Ha, on en verrait des peureux, Ils seraient moins nombreux, les noceurs, Les heureux. Mon père à moi, travailleur, batailleur, Peut-être c'est lui, le roi des rois ; Oui, plus que le Roi, c'est lui le fort, Mon père à moi.
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